Maîtriser l’urbanisme de Gerland

1.      Les orientations du SCoT

1.1.      La densification annoncée

L’aménagement et le développement de la ville de Lyon à horizon 2030 et en conséquence de chacun de ses quartiers est régi par le Schéma de Cohérence Territoriale (SCOT) et ses documents subsidiaires d’application (PADD...). En effet, le SCOT prévoit, par extrapolation, une augmentation de la population Lyonnaise de 150 000 habitants dans les 20 ans et établit une stratégie d’aménagement et de construction fondée sur un objectif de proximité entre emploi et habitat. Selon le Schéma de Cohérence Territoriale (ScoT) : « les orientations d’aménagement… instaurent un principe général de développement prioritaire et de densification des secteurs les mieux équipés et les mieux desservis par le réseau métropolitain de transport public et le réseau d’agglomération. » Le quartier de Gerland, le plus étendu de Lyon, présente divers terrains, progressivement abandonnés par des entreprises. Il est desservi de 2 lignes fortes de transports en commun : le métro B qui le relie au centre et à Oullins, avec 3 gares et désormais une ligne de tramway T1, qui le relie à la confluence. Par conséquent, le quartier de Gerland qui offre une multitude d’espaces propose donc de nombreuses solutions éligibles pour assurer la densification. Il est certainement celui de la ville qui a subi et va subir encore le plus de transformations profondes. D’où l’orientation forte vers une densification de l’habitat sur les espaces disponibles et sur des pôles.

1.2.      Gerland prévu comme lieu d’accueil d’activités high-tech

« Les PLU maintiennent des capacités d’accueil pour l’activité économique dans les tissus urbains situés à proximité des épicentres des pôles d’excellence et de compétitivité, notamment à…Gerland… ».

1.3.      Gerland, lieu de grandes opérations d’urbanisme de haute qualité

Par ailleurs selon le ScoT : « Les orientations instaurent un principe des courtes distances pour les déplacements quotidiens, en renforçant les polarités urbaines. » Le Dog (Document d’Orientation Générales) identifie Gerland comme un des « sites de projet urbain métropolitains ». Ces sites sont des lieux privilégiés de mixité fonctionnelle. Ils accueillent de manière privilégiée les grandes opérations d’urbanisme. Qualifié de « site d’agrafe urbaine », Gerland « doit être un lieu privilégié de renforcement des liens urbains et sociaux entre le centre. Il doit permettre un développement résidentiel diversifié. » et « permettre la constitution d’une offre immobilière de niveau international, se distinguant par sa haute qualité architecturale et fonctionnelle, au sein de sites bien connectés aux réseaux de transport national et international ».

1.4. Assurer la proximité domicile-travail à Gerland

Il est en effet important que l’urbanisme propose des solutions de logement proches des emplois créés, qui correspondent aux besoins des employés.

2. La ZAC des Girondins et son environnement

Le projet de ZAC des Girondins et du terrain de Nexans à proximité constitue le projet majeur d’urbanisme de Gerland, après celui de la ZAC du Bon Lait et avant celui de Fontenay, près de la place des Pavillons. Ce projet vient de faire l’objet d’une demande d’avis de la DREAL et d’une enquête publique.
Ces 2 démarches ont fait l’objet de remarques concernant l’inadéquation du projet aux Plans (SCoT et ses déclinaisons) d’une part et aux demandes des habitants d’autre part.

Ces discordances sont présentées dans le document joint.

2.1.  La poursuite inexorable du projet de la ZAC des Girondins

Ce Lundi 15 décembre 2014, l’autorisation de poursuivre le projet de ZAC des Girondins a été demandée aux élus du Grand Lyon et obtenue.

Quelques jours auparavant le CIL avait envoyé la lettre suivante aux élus (avec en annexe le document plus détaillé) :

« Ce lundi sera délibéré en Conseil du Grand Lyon sur la poursuite du projet de la ZAC des Girondins,
Le sujet a fait partie des questions hors thème posées par le CIL Gerland Guillotière au CA avec CICA du 7ème.
La rénovation de ce quartier, avec 2400 logements nouveau, dans une première phase et près du double avec les constructions proches, un projet majeur d’évolution du 7ème arrondissement et on peut même dire de Lyon, avec l’ambition de constituer la 3ème « centralité » avec la Part Dieu et la Confluence.

Le projet a comme objectif (en conformité avec les plans) :

  1. créer une 3ème centralité tertiaire à Lyon,
  2. construire des logements adaptés au développement des emplois dans le 7ème,
  3. proposer une architecture ambitieuse,
  4. prévoir les équipements publics nécessaires pour en faire un véritable quartier de vie,
  5. aménager suffisamment d’espaces verts,
  6. assurer l’accessibilité au réseau de déplacements national et international.

Or aucun de ces objectifs n’est atteint par le projet dans son état actuel.

2.2 Pas de vraie centre tertiaire aux girondins

Cette centralité ne sera pas organisé (comme demandé par les habitants lors du café-concertation organisé par la municipalité à propos du projet-Gerland et par le CIL), autour d’une place regroupant le stationnement, les commerces, des terrasses de café-restaurants, les services (école, poste, DAB, salles de réunion…), des jeux, des espaces verts…
Ce projet de place présent dans les précédents projets a été abandonné.
L’école est au Nord-Ouest, les commerces au Sud-Est, les parkings nulle part etc…
L’allée verte ne suffira pas à assurer la centralité, pas plus aux Girondins qu’au Bon Lait.

2.3.  Pas d’adaptation des logements aux emplois à la ZAC des Girondins

Conformément aux plans, les emplois qui se développent au Sud du 7ème sont des emplois de haute technicité. Les plans (SCoT…) demandent des « immeubles de niveau international de haute qualité architecturale et fonctionnelle ». En revanche, le projet est fondé sur 60% de logements sociaux ou aidés. Toutes les solutions seront bonnes pour en baisser le prix de construction, y compris celle qui a été retenue de réaliser des tours entre R+14 et R+18. En conséquence, le concept fondamental de plans, de proximité entre emploi et domicile ne pourra être respecté.

2.4.  Pas d’architecture homogène de niveau international dans la ZAC des Girondins

Contrairement au plans et comparée aux projets antérieurs abandonnés (voir en PJ), je trouve que la conception urbanistique et architecturale du projet est d’une banalité à pleurer. Elle présente quelques tours de R+14 à R+19, hétéroclites, contrairement aux souhaits des habitants et aux promesses de Gérard Collomb, même si la hauteur inférieure à 50m ne permet pas de les traiter d’IGH.

2.5. La plupart des services publiques sont prévus

Donnons l’exemple des écoles.

A terme, pour les 2400 logements plus les logements déjà construits au nord de la ZAC,  les 18 classes  conviendront statistiquement pour les besoins de plus de 3000 logements.
On peur cependant regretter que l’école soit complètement décentrée, ce qui incitera les habitants à emprunter leur voiture pour gagner du temps.

Par ailleurs, des classes de collège seront nécessaires, mais aucun collège n’est envisagé dans les plans.

Des équipements sportifs se trouvent à la ZAC du Bon Lait (gymnase, terrain de foot), hormis un terrain de basket qui figure sur le plan actuel de la ZAC.

L’emplacement d’une poste est souhaité mais pas encore prévu.

2.6.  Des espaces verts peu visibles

Le projet fait état de la voie verte de Fontenay, mais les îlots « crénelés » sont quasiment fermés (en O ou en delta), alors que des îlots ouverts (en U ou en H) permettent aux passants de voir la verdure et aux habitants de ne pas se sentir enfermés dans une caisse de résonance.

2.7.  Peu d’accessibilité pour entrer et sortir de Gerland

Le quartier de Gerland connaît, pendant des heures, des embouteillages qui bloquent le trafic pendant des heures et empêchent le matin l’accès au quartier et le soir les habitants d’en sortir. Le préalable à l’augmentation de 20% de la population de Gerland devrait être de prendre toutes les mesures pour fluidifier la circulation aux accès de Gerland, avant d’aggraver les problèmes. La pollution, hors normes européennes, qui en découle pose de graves problèmes de santé publique à ses habitants.

2.8. Conclusion

Hélas, le diable niche dans les détails (et pas dans les intentions dont l’enfer est pavé).

Il importerait donc de sursoir provisoirement à l’exécution du projet et de l’amender pour le mettre en conformité avec les plans et avec les objectifs qu’il avance et pour ce faire, de prendre en compte les demandes de concertation exprimées lors des ateliers et du café-concertation sur le projet Gerland, de la part des habitants du quartier, du conseil de Quartier et des associations comme le CIL Gerland Guillotière, ceci tant que les effets induits sur la circulation notamment n’auront pas été traités et prévenus, par un ensemble de mesures adéquates (dont nous fournissons ci-après une liste). »

Pour mémoire les dispositions susceptibles d’améliorer les accès à Gerland seraient des moins au plus structurantes :

  1. un plan de feu mieux étudié laissant plus de temps de passage aux flux Nord-Sud,
  2. un plan de feu « heures de pointe », avec allongement de phase des axes d’entrée le matin et de sortie le soir,
  3.  un « tourne à droite » sur le pont Pasteur, avec un élargissement à droite de la chaussée avant le pont,
  4. une détection de présence sur la voie mode doux, rue de Varille,
  5. 3 voies sur le pont Pasteur pour l’évacuation de Gerland et 2 voies pour l’entrée (au lieu du contraire), sachant que l’affectation de la voie centrale pourrait aussi être modifiée selon les horaires,
  6. la synchronisation de trafic, calée sur le rond point, à 50km/h, des voies sortantes et des voies entrantes,
  7. une mise en sens unique Sud-Nord de l’avenue Jean Jaurès et mise en sens unique Nord-Sud de la rue Mérieux, déviant la circulation vers la D383 et l’A7.
  8. un parc relais de grande capacité à l’arrêt Musée des Confluences du T1,
  9. un parc relais de grande capacité (1000 places en étage) à la station  Stade de Gerland du métro B.
  10. le dégagement vers l’Ouest du périphérique par un pont vers l’A450,
  11. évitant aux véhicules Est-Ouest d’emprunter le pont Pasteur pour traverser le Rhône et éviter le bouchon vers l’A7, ceci sans attendre l’hypothétique Tronçon Ouest du Périphérique.

3. Il ne suffit plus de rêver

3.1. Pour obtenir un urbanisme qui améliore notre qualité de vie

De grandes transformations de quartier ont déjà eu lieu, par exemple, à Paris sous l’action du baron Haussmann, qui créa les grands boulevards, la place de l’étoile et les Champs Elysées. Plus récemment, Montpellier créa un quartier nouveau appelé Antigone, réalisé par le célèbre architecte Boffil. Tous ces sites remarquables qui font rêver attirent les touristes. A Lyon, il en fut de même avec le percement de la rue de la République à l’époque de Claude-Marius Vaïsse, maire de Lyon et préfet du Rhône. Il en fut de même, lors de la création, à la demande du maire Edouard Herriot, des halles, du stade de Gerland, du quartier des Etats unis par le célèbre architecte, prix de Rome, Tony Garnier, et lors de la construction de la Cité Jardin à Gerland, par les architectes CHOLLAT et ROBERT, qui se caractérise par des immeubles « à taille humaine et des espaces verts de qualité, donnant une sensation d’espaces aérés et reposants » (selon urbalyon.org). Aujourd’hui, nous voulons que nos souhaits ne restent pas que des rêves.

3. Les souhaits des habitants pour Gerland

3.1. Des quartiers organisés autour de places, cœurs de vie

Comme l’exprime le SCoT, l’offre de commerces de proximité « doit-être localisée de manière privilégiée… dans les centres de quartier ».

Sans prétendre transformer l’Avenue Jean Jaurès en Champs Elysées, ni reproduire le quartier Antigone à la ZAC des Girondins, les habitants demandent des quartiers attirant les Lyonnais, comme ceux du cours Vitton ou de la rue de la République, organisés autour d’une place, cœur de vie, avec une identité architecturale forte :

  • entourée d’immeubles de taille raisonnable,
  • bordée de commerces de proximité favorisant les emplettes quotidiennes, boucherie-charcuterie, poissonnerie, épicerie, boulangerie, électronique, pressing, presse, vêtements, chaussures…
  • avec une ou 2 terrasses de cafés et restaurants,
  • avec une école,
  • avec des services (poste, distributeur de billets, salles de réunion..),
  • avec une fontaine, avec de la verdure, des arbres,
  • avec des activités jeunesses (aires de jeu à l’ombre, jeu de boules…),
  • avec des bancs pour les parents,
  • à proximité d’un parking de taille suffisante, avec franchise de paiement d’une heure.
  • des arbres variés.

Pour fixer les idées, ce besoin est schématisé ci-après.

Exemple de place

3.2.      Un urbanisme laissant beaucoup de place à la verdure

Les habitants demandent également :

  • des immeubles avec des terrasses et toits végétalisés ;
  • autour des immeubles, des espaces verts de repos, des mini parcs publics ;
  • un habitat aéré, constitué d’îlots en U ou H pour rendre la verdure visible (pas en q) ;
  • dans le quartier, des artères arborées, des parcours verts, des couloirs verts.

3.3.    Une esthétique identitaire

Les habitants demandent que ces quartiers (Gerland et Guillotière) soient aménagés selon nos propositions et présentent une identité architecturale forte. Le SCoT demande en effet que les nouveaux quartiers soient caractérisés par : « La haute qualité architecturale et fonctionnelle ». Elle sera obtenue par un style architectural esthétique identitaire, harmonieux, écologique, intelligent, créant un attrait touristique.

  • grâce à une unité de matériaux (qui peuvent être modernes),
  • dotés cependant d’une variété dans les formes.
  • de toits avec des tuiles ou des panneaux solaires esthétiques côté ensoleillé,
  • sans tour à grande hauteur.

Pas des « Légo » impersonnels.

L'avenue Jean Jaurès selon le projet Gerland

L’avenue Jean Jaurès selon le projet Gerland

3.4. Exemples d’architectures identitaires

Demain, quand on parlera de Gerland, pourra t-on parler d’une place centrale identitaire ou les habitants aiment se retrouver ou bien de quelques grandes tours écrasantes et disgracieuses, ce qui ne sera ni flatteur, ni ce que les habitants désirent. Pour l’éviter, inspirons-nous de quelques places qui font la gloire des grandes cités Européennes. En effet, quand on parle de métropoles européennes, on cite leurs centres ou places leur conférant une identité notoire. Quand on parle de Paris, on parle des Champs Elysées, des places de la Concorde, de la Bastille, Vendôme (cf. photo), de Catalogne et de bien d’autres encore …

Quand on parle de Charleville, on parle de la place Ducale,

Charleville Place Ducale

Charleville Place Ducale

Quand on parle de Paris, on cite la place Vendôme

Paris Laplace Vendôme

Paris Laplace Vendôme

Quand on parle de Venise, on parle volontiers de la place Saint Marc et de bien d’autres…

Venise La place St Marc

Venise La place St Marc

Quand on parle de Milan, on parle volontiers de la Piazza del Duomo…

Milan Piazza del Duomo

Milan Piazza del Duomo

Quand on parle de Bruxelles, on parle de sa Grand Place.

Bruxelles Grand'Place

Bruxelles Grand’Place

Quand on parle de Montpellier, on peut parler entre autres du quartier d’Antigone.

Montpellier Place du quartier d'Antigone

Montpellier Place du quartier d’Antigone

Quand on parle de Villeurbanne, on parle des Gratte-ciel.

Villeurbanne La cité des gratte-ciel
Villeurbanne La cité des gratte-ciel

Quand on parle de Lyon, si on ne parle plus de la place Perrache, on parle encore de la place Bellecour, de la place des Terreaux.

Lyon La place Bellecour

Lyon La place Bellecour

Quand on parlera du quartier de Gerland et que l’OL jouera ailleurs, de quel lieu remarquable par son identité parlera-t-on ?

Mur peint à Gerland

Mur peint à Gerland

Est-ce là une vue prémonitoire de ce que nous annonce le Projet Gerland ?

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